02.04.2007
Temps de chien
Le feu a pris avec un tout petit feulement, une petite plainte, comme un gémissement de devoir se mettre au travail, se consumer. Il était prêt à la tâche dans l’âtre. Tassé sur son petit bois et ses deux bûches rondes, montrant leur ventre de chair claire sous l’écorce grise. Elle a craqué une allumette et il a pris son premier souffle avec un léger panache de fumée blanche, en chuintant. Comme la brume qui s’élève du jardin le matin et qu’elle m’appelle. « Allez viens, on va se promener ! » Sur le pas de la porte, une fumée blanche sort de sa bouche dans l’air sonore, et nous partons gambader joyeusement dans l’herbe mouillée. Souvent je m’éloigne, puis je reviens vers elle sur mes traces. Elle secoue la tête, elle tape dans ses mains. Elle me fait la fête, elle sautille, elle me répète que je suis beau, qu’elle m’aime, qu’elle est heureuse que nous nous amusions tant. Je regarde s’agiter ses cheveux et ses mains. Je hume son odeur dans la prairie. Cette humaine est si labrador qu’elle en est presque parfaite. Je m’arrête, je frémis, et je détale dans le sous-bois.
Maintenant, le feu crépite. Je tourne délicieusement mes oreilles aux vibrations de sa vie qui palpite. Une bûche qui s’effondre, un craquement, un pètement sec, un soupir. Les flammes jaunes dansent dans mes pupilles. Elle s’est assise dans la cheminée. Je la contemple, immobile, les sourcils froncés, lovée sur elle-même avec un livre sur les genoux. Je m’allonge à ses pieds, je pose ma truffe entre mes pattes et je ferme les yeux suivant la course de ses pensées. Tout est feutré, il fait chaud, je somnole.
Le fourbe vient d’entrer dans la pièce, avec sa démarche de siamois et ses yeux bleus de biais. Il bondit sur le fauteuil. Elle s’est mise à écrire. Le feu ronronne.
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d'après Monet
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J’ai collé mon nez à la vitre. Le train roule et je m’ennuie, je m’ennuie. Ca fait longtemps qu’on est parties. Le train va rouler toute la nuit. Maman nous a confié à la dame dans le compartiment, et puis on a quitté la gare. «Demain, vous allez voir la mer », nous a-t-elle dit. Elle s’est plantée sur le quai, elle lève son visage vers nous, elle s’approche, elle s’éloigne. Elle a l’air toute pâle. Elle nous parle, mais on n’entend rien. Je sens bien qu’elle se force à sourire. Quelque chose s’est mis à bouger. Je ne sais pas si c’est le quai, le train, ou celui d’en face. On va démarrer. Maintenant, il faudrait qu’elle parte. Quand va-t-elle se retourner ? Elle recule d’un pas. Son sourire s’est figé, suspendu au départ. De loin, elle n’est plus qu’une petite tâche blanche.
J’ai mis mon pull bleu marine avec un train tricoté sur le devant et des petits nuages qui sortent de la locomotive. Dehors, il fait tout noir. Des gouttes d’eau glissent sur la vitre. Le reflet de mon tricot se transforme en nénuphars. J’ai le nez collé à la vitre. Je dessine en soufflant sur le verre des nuages de buée qui s’estompent. Nez-nu-phare. « Demain, vous allez voir la mer » dit le roulis du train. Deux petites tâches blanches s’effacent. Et je recommence.
On arrive. Ca y est, j’ai vu la mer entre les arbres ! Il faut tourner la tête sur la pointe des pieds. Regarde ! Regarde ! C’est moi qui l’ai vue la première ! Dans la trouée des arbres secs, le bleu nu et immense s’étale sous le ciel aveuglant. Au bout du quai, il y a un phare. Nez-nu-phare.
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29.03.2007
A relire
La littérature c’est des mots.
« Je suis toujours autobiographique, même si je me mets à raconter la vie d’un poisson ». F.Fellini
21:05 Publié dans pense-bête | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




